Lors de notre masterclass dédiée à l’aménagement des espaces de la petite enfance, nous avons accueilli Marina Lemarié, experte en conception de crèches et microcrèches au naturel. Spécialisée dans l’approche biophilique, elle propose de repenser la décoration et l’organisation des structures d’accueil en intégrant des matériaux naturels, des ambiances apaisantes et des environnements favorables au développement sensoriel des jeunes enfants. Découvrez les grands enseignements de cette rencontre inspirante.
Marina Lemarié, une expertise née du terrain
Le parcours de Marina raconte déjà beaucoup de sa méthode. Éducatrice de jeunes enfants de formation, ancienne directrice de crèche, elle a choisi de “sortir des crèches pour mieux y revenir”, cette fois avec un regard d’experte sur l’espace, le quotidien des équipes et les besoins du tout-petit. Depuis plus de treize ans, elle forme des professionnels, et depuis plusieurs années, elle accompagne des structures partout en France (et en Belgique) pour concevoir des environnements à la fois esthétiques, fonctionnels et profondément adaptés au développement du jeune enfant.
Biophilie et “biocrèchephilie” : faire entrer le vivant dans les lieux d’accueil
Au cœur de son approche, un mot-clé s’est imposé : la biophilie. Marina l’a découvert pendant les confinements, en explorant recherches et lectures sur les effets du vivant dans nos environnements intérieurs. Sa question de départ est simple, presque dérangeante : pourquoi la nature, pourtant si bénéfique, restait-elle si peu présente dans les lieux d’accueil de la petite enfance ? De cette réflexion est né un terme qu’elle a elle-même forgé, la “biocrèchephilie”, pour relier clairement deux univers qui ont tout à gagner à se rencontrer : la crèche et le vivant.
Concrètement, “aménager au naturel”, ça veut dire quoi ?
C’est que “faire entrer la nature” ne veut pas dire transformer une crèche en jungle. Marina le résume avec une phrase :
« La biophilie, donc intégrer la nature, ce n’est pas adopter le tablier de jardinier toute la sainte journée. »
Pour elle, l’enjeu est ailleurs : choisir des matériaux plus authentiques, travailler les courbes, les textures, les nuances, les lumières, les perspectives, et créer des analogies sensibles avec l’extérieur. En d’autres termes, concevoir une atmosphère qui apaise, stimule juste ce qu’il faut, et invite l’enfant à explorer en sécurité.
La sécurité affective : le fil conducteur de chaque projet
Cette sécurité n’est pas seulement physique, elle est aussi affective. Marina insiste sur l’accueil comme moment déterminant, autant pour l’enfant que pour le parent. Une entrée pensée avec intention peut devenir un “premier point de confiance”, un passage plus doux, plus rassurant. C’est aussi dans cette logique qu’elle conçoit certains dispositifs devenus emblématiques, comme le “lapinodrome”, un espace de passage et de refuge qui permet à l’enfant d’être acteur de son arrivée, de se retirer un instant, puis de ressortir “quand il est prêt”.
Composer avec les normes et les budgets, sans renoncer à l’ambition
L’occasion également de mettre en lumière la réalité du terrain : normes, PMI, sécurité, hygiène, budgets… tout se négocie, tout se pense. Marina ne vend pas une idée hors-sol ; elle compose avec les contraintes et propose des options, des arbitrages, des solutions comme le mobilier de seconde main, ou des choix plus malins sur les revêtements. Et derrière cette rigueur, il y a une part assumée d’intuition, de sensibilité au lieu et aux personnes.
Un message pour les décorateurs et architectes d’intérieur
Marina Lemarié a rappelé l’importance pour les décorateurs et architectes d’intérieur d’oser investir le champ de la petite enfance, encore trop peu exploré. Selon elle, ces espaces méritent une attention particulière, car leur aménagement influence directement le bien-être, la sécurité affective et le développement des jeunes enfants. Plus qu’un simple décor, l’environnement devient un véritable outil pédagogique et sensoriel, au service des tout-petits comme des équipes qui les accompagnent.
Et maintenant ?
Un grand merci à Marina Lemarié pour la générosité de ses partages, et à toutes les participantes pour leurs questions et retours. Nous continuerons à explorer ces sujets qui donnent du sens à la décoration et au design d’espace, au service du vivant.