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Rendre le jouet plus accessible grâce au design par Claire Touati

Le jouet n’est jamais un simple objet. Il accompagne l’enfance, façonne l’imaginaire et participe à la construction de l’individu. Mais peut-il aussi devenir un véritable levier d’inclusion ? C’est la question au cœur de la masterclass animée par MMI Déco avec Claire Touati, designer spécialisée dans les jeux pédagogiques et thérapeutiques en bois. Son approche repose sur une conviction forte : le design du jouet doit avant tout servir l’enfant, en révélant ses capacités plutôt qu’en limitant ses usages.

Le design : bien plus que l’esthétique

Pour Claire Touati, le design ne se résume pas à rendre un objet beau. Sa définition est beaucoup plus fondamentale : il s’agit d’allier l’utile au sensible.

 

Un objet bien conçu ne doit pas seulement séduire visuellement, il doit répondre à un besoin réel. Dans le domaine du jouet, cette utilité prend une dimension particulière : l’objet n’est pas seulement utilisé, il participe à la construction de l’enfant.

 

 

Un jouet mal pensé peut donc freiner l’exploration, tandis qu’un jouet bien designé stimule la curiosité, encourage l’action et renforce l’autonomie.

Concevoir pour les enfants, c’est concevoir pour tous

L’un des points clés évoqués lors de la masterclass concerne le design inclusif. Contrairement à une idée répandue, créer pour un public spécifique ne signifie pas créer un objet réservé à ce public.

 

Selon Claire Touati, le design destiné aux enfants constitue même une forme de design universel. En effet, un objet capable de s’adapter à des capacités motrices, cognitives et sensorielles variées devient naturellement accessible au plus grand nombre.

 

L’inclusion passe donc par la souplesse d’usage. Un objet véritablement inclusif n’est pas un objet spécialisé, mais un objet suffisamment ouvert pour être approprié de multiples façons.

Les grands principes du design de jouets inclusifs

Plusieurs dimensions essentielles entrent en jeu dans la conception d’un jouet accessible. La question des proportions est centrale. Un objet pensé pour les adultes n’est pas forcément adapté à la taille des mains ou à la motricité des enfants. Le design doit donc intégrer l’échelle corporelle de l’enfant.

 

La dimension sensorielle est également déterminante. Les couleurs, les textures et les sons influencent fortement l’expérience. Par exemple, privilégier des matériaux organiques plutôt que des sons électroniques répétitifs peut améliorer le confort et l’attention.

 

Enfin, le jouet doit laisser une place à l’imaginaire. Un bon design ne donne pas toutes les réponses. Il encourage la découverte et permet à chaque enfant d’explorer à son rythme.

Turrim : un jouet né d’une expérience personnelle

Ces principes prennent forme dans Turrim, le projet phare de Claire Touati. Ce jeu pédagogique, conçu initialement lors de ses études en design, transforme les lettres de l’alphabet en volumes manipulables inspirés de l’architecture.

 

Son origine est profondément personnelle. Diagnostiquée autiste à l’âge adulte, la designer explique avoir longtemps trouvé refuge dans la lecture, avec peu de passerelles vers le jeu partagé avec les autres enfants.

 

Turrim est né de ce manque : créer un lien entre l’univers abstrait des mots et l’expérience concrète du jeu. Chaque lettre devient un objet à manipuler, construire et réinventer.

Un outil d’inclusion et d’apprentissage

Le caractère inclusif de Turrim repose sur sa polyvalence. Le jeu peut être utilisé dans de nombreux contextes : apprentissage scolaire, rééducation, accompagnement thérapeutique ou simple exploration créative.

 

Plutôt que de compenser uniquement des difficultés, il valorise les forces de chacun. Un enfant peut s’appuyer sur sa créativité, sa motricité ou sa perception spatiale pour progresser. Cette approche permet de réduire la stigmatisation. Le même objet peut être utilisé par un enfant sans difficulté particulière, un enfant dyslexique ou une personne en rééducation après un accident.

Le jouet comme vecteur d’impact social

Au-delà de l’apprentissage individuel, le design du jouet peut avoir un impact sociétal. Il influence la manière dont les enfants développent leur empathie, leur autonomie et leur rapport au monde.

 

Jouer, c’est expérimenter des rôles, comprendre les interactions sociales et apprendre à agir sur son environnement. Le jouet devient ainsi un outil de construction du sentiment d’action personnelle. Selon Claire Touati, un bon jouet doit permettre à l’enfant de se sentir capable. Cette notion d’empouvoirement constitue l’un des piliers du design inclusif.

La place du numérique dans l’avenir du jouet

Face à la montée des technologies, la designer adopte une position nuancée. Les outils numériques peuvent enrichir l’expérience, à condition de ne pas remplacer l’action de l’enfant.

 

Le risque apparaît lorsque le jouet devient entièrement programmé et prive l’enfant de son pouvoir créatif. À l’inverse, les technologies qui encouragent la construction ou l’expérimentation peuvent rester pertinentes.

 

L’essentiel est donc l’intention : le design doit toujours soutenir l’activité cognitive plutôt que s’y substituer.

Concevoir inclusif : un défi pour les designers

Claire Touati insiste sur un principe fondamental : l’inclusion ne consiste pas à créer des objets spécifiques pour certains publics, mais à concevoir des solutions ouvertes à tous.

 

Cela implique de changer de perspective et d’observer les usages sous différents angles : se déplacer dans un espace les yeux fermés, penser à différentes tailles corporelles, ou encore imaginer des situations d’usage variées.

 

L’inclusion devient alors une démarche globale, intégrée dès les premières étapes du design.

Si elle devait résumer sa vision en une phrase, Claire Touati choisirait celle-ci : un jouet doit rendre fier.

 

Fier l’enfant, qui découvre ses capacités.

Fier les parents, qui observent ses progrès.

Et fier le designer, qui voit son objet devenir un outil d’épanouissement.

 

Cette ambition rappelle que le design du jouet dépasse largement la simple fabrication d’objets : il participe à la construction de sociétés plus inclusives et plus attentives aux besoins de chacun.

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